traititre2 freddy brown

Photographe.  Vals les Bains  07600



    
freddy brown

Photo et interview :  joëlle laurent
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J.L. __ Quel a été le déclencheur pour cet art? Comment es-tu arrivé à la photographie?
F.B. __ On m'a offert un appareil photo, j'ai vu dans le catalogue de la Manufacture de St-Etienne qu'il y avait des cuves pour développer les pellicules; je me suis dit que ce serait peut-être intéressant, sauf qu'il fallait acheter de la chimie, donc j'ai pas acheté la cuve. Puis après, j'ai fait des photos pour un journal régional. Le personnage qui développait les photos à partir de l'appareil qu'on m'avait prêté, m'a dit que mes photos étaient intéressantes mais que ça faisait pas vivre le canard car il y avait trop peu de gens dessus. Donc, à partir de là, je me suis dit que mes photos étaient bien. En fait, c'étaient des photos de regardeur, pas de voyeur ; c'est juste le regard posé comme ça et qui m'a poursuivi durant des années, puis qui continue à me poursuivre.
J.L. __ Quel âge avais-tu quand tu as reçu ce premier appareil photo?
F.B. __ A l'époque du BEPC, 14, 15 ans c'était un Brownie Flash, une boite en bakélite de la marque Kodak, sauf qu'il n'y avait pas de flash : c'était en supplément, en option ! Ce cadeau m'a permis de prendre du plaisir à faire des images, y compris pour le décès de mon grand-père où je m'étais perché sur une chaise pour avoir une vue aérienne et je me suis fait gronder par ma grand-mère parce qu'il ne fallait pas faire ça. Je découvre qu'à chaque pas, la vision peut changer et d’être plus attentif au moment. Puis après, j'ai eu de la suite dans les idées, envie de développer. Après l'épisode du journal local, je suis tombé dans un lycée où il y avait un club photo, un laboratoire et un autre maître d'internat comme j'étais, qui savait développer de façon empirique ; et là, j'ai appris de façon empirique à développer. Avec Daniel Chambonnet aussi. A Valence, dans ma chambre de maître d'internat, je m'installe un petit labo, la couverture de lit devant la fenêtre pour faire du noir, je prends des cours de photographie par correspondance, ensuite, durant ma vie professionnelle, je continue en amateur.
J.L. __ Te considères-tu comme un passionné?
F.B. __ Non, je prends du plaisir à ce que je fais. Passion ça vient du latin patior « souffrir » : ça me fais pas souffrir.
J.L. __ Peux-tu te passer de cet art?
F.B. __ Oui. Je plante des fraisiers, sème des radis, cultive la terre... Si je n'ai plus d'appareil photo, ça ne m'empêche pas de regarder.
J.L. __ Quelles sont tes sources d'inspiration?
F.B. __ J'aime regarder des images et surtout ce qui se passe autour de moi, une foultitude de choses : les paysages, les levers de soleil, les insectes, les gens... tout.
J.L. __ As-tu des photographes qui t'ont inspiré ?
F.B. __ Cartier Bresson pour l'occupation de l'espace, Doisneau pour l'émotion, le père et le fils Watson qui travaillaient avec des chambres, pour le rendu de la matière. Dans les portraits, Avedon, les sœurs Théret, Atget, des images agréables à regarder.
J.L. __ As-tu fais autre chose que photographe?
F.B. __ Maître d'internat, militaire obligatoire, animateur socioculturel, directeur de maison des jeunes et de la culture, colleur d'affiches, animateur vacataire en lecture et photo,  puis je me suis installé comme photographe de village.
J.L. __ Travailles-tu sur commande ou laisses-tu plus de place à ton imaginaire?
F.B. __ Les deux.
J.L. __ Arrives-tu à concilier ton espace de création avec la réalité?
F.B. __ Mon espace de création fait partie de la réalité ou « lycée de Versailles ».
J.L. __ Que veux-tu faire passer à travers ton art?
F.B. __ Un regard. Peut-être que les gens regardent un peu plus.
J.L. __ En quelques phrases, parle-moi de ton travail.
F.B. __ Je fais les photos d'identités, des mariages, des reportages évènementiels. J'ai surtout contact avec des gens, c'est ce qui est le plus important : nouer des relations avec des gens qui ne vont être que de passage, d'autres qui vont revenir… la vie quoi, le bordel.
J.L. __ Quelle est la photo que tu aimerais qu'on fasse de toi?
F.B. __ Sortir de l'Élysée avec des talonnettes. Beaucoup de gens m'ont photographié, peint, sculpté, c'est bien ; ça représente bien le personnage que je suis. Ne pas être voyeur mais regardeur. Regarder la beauté des choses telles qu'elles sont.
J.L. __ Des photogrammes au numérique, le progrès a-t-il du bon ou du mauvais?
F.B. __ J'ai pas trouvé de différence entre le numérique et l'argentique, dans la mesure où, quand il faut retoucher une photo, c'était beaucoup plus long au labo avec tous les produits et le papier qu'il fallait utiliser. Je peux aller beaucoup plus loin car j'étais limité par la grosseur de mes doigts et des fils de fer ou d'autres éléments, alors qu'avec le numérique, en grossissant l'image, je peux être beaucoup plus fin dans le travail de l'image. Avant, il m'arrivait d'être frustré au labo. J’arrivais pas à faire ce que je voulais, alors que là, il n'y a plus de limite.

                      « Perds pas ton temps à gagner ta vie, gagne ta vie en prenant le temps. »  Freddy Brown

Vals les bains, 24.03.2009

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